Commerce équitable : un principe toujours cohérent avec une démarche de développement durable ?

18 Fév 2021 | 0 commentaires

Même si aujourd’hui, la notion de commerce équitable peut autant s’appliquer à des biens locaux qu’à des importations venues de l’autre côté du globe, elle reste majoritairement ancrée dans la seconde option. L’image du petit producteur de café en Amérique du Sud perdure, et à juste titre au vu des récentes statistiques. La filière française se développe, mais dans le cas d’achats lointains, que penser de l’impact écologique du transport ? Vaut-il mieux privilégier un produit de notre région mais conventionnel ?

producteur cacao commerce équitable

Qu’est-ce que le commerce équitable ?

Un petit rappel de définition ne fait jamais de mal. Le commerce équitable vise à « assurer le progrès économique et social des travailleurs en situation de désavantage économique du fait de leur précarité, de leur rémunération et de leur qualification, organisés au sein de structures à la gouvernance démocratique, au moyen de relations commerciales avec un acheteur ». L’article 60 de la loi n° 2005-882 du 2 août 2005 en faveur des petites et moyennes entreprises le précise.

Pour atteindre cet objectif de progrès, 3 piliers ont été gravés dans les textes réglementaires :

  1. Un engagement dans la durée – trois ans minimum – entre l’acheteur et le producteur, ce qui garantit un impact moindre des aléas économiques pour les travailleurs ;
  2. Un prix rémunérateur versé aux travailleurs, défini après avoir identifié les coûts de production et dans le cadre d’une négociation équilibrée avec l’acheteur ;
  3. Le versement obligatoire par l’acheteur d’une somme additionnelle pour financer des projets collectifs et ainsi renforcer les capacités et l’autonomie des travailleurs et de leur organisation.

A priori, le 2ème critère a pris plus de place que les autres dans la conscience collective.

Au niveau des chiffres, le collectif « Commerce Équitable France » indique dans son bilan 2018 que les ventes de produits issus de la filière se rapprochent de 1,3 milliard d’euros, pour une croissance annuelle de 22 % (!).

19 €. Le panier moyen du commerce équitable reste faible : 19 euros par habitant en 2018.

Et pour les produits ? Le café représente 27 % des ventes ; de loin le produit phare du marché, devant les bananes mais aussi les viennoiseries. Rappelons tout de même qu’au-delà des fruits et légumes, du cacao, du thé ou encore du maïs, ce concept concerne aussi des produits non alimentaires : bijoux, vêtements, décoration, etc.

Une évolution majeure en 2014 : l’ouverture au local

Historiquement (dans les années 40), le secteur se concentrait sur les échanges nord (acheteurs) – sud (vendeurs). On considérait que les pays en développement de l’hémisphère Sud avaient besoin d’un coup de pouce pour se faire une place dans les paniers étasuniens puis européens.

En France, tout a changé le 31 juillet 2014, avec l’instauration de la loi relative à l’économie sociale et solidaire. Celle-ci « modifie la conception géographique du commerce équitable […]. Elle reconnaît, dans son article 94, la dimension locale et solidaire du commerce équitable. Elle fait également obligation aux distributeurs d’apporter à tout moment la preuve des allégations commerce équitable apposées sur les produits. »

Autrement dit, vous pouvez complètement acheter des aliments cultivés ou objets équitables fabriqués par un artisan à côté de chez vous. D’ailleurs, une vente du secteur sur trois provient de France en 2018. Ces dernières se concrétisent presque uniquement en magasins spécialisés ou en boulangeries ; en effet, la moitié des ventes équitables françaises concernent des viennoiseries. Voilà une grosse différence par rapport à la distribution des produis internationaux : les grandes et moyennes surfaces (GMS) et les réseaux conventionnels constituent leurs principaux lieux d’achat.

Avantages du commerce équitable

Consommer équitable, c’est avant tout un choix engagé aujourd’hui. Eh oui, au vu de leur distribution, la communication autour d’eux, leur emballage ou leur prix, difficile d’imaginer que beaucoup de Français achètent ces produits par hasard.

Que cherchent les clients ? Les études que nous avons trouvées datent toutes d’avant 2010, mais rien ne laisse penser que les motivations ont évolué, hormis pour le soutien à l’activité locale depuis l’ouverture en 2014 :

  • Plus de transparence sur la provenance des produits. En effet, toujours selon l’article 60 cité précédemment, « chaque entreprise intervenant dans ces filières est en mesure de produire des informations relatives à la traçabilité des produits ». Cet aspect est devenu une marque de fabrique, un argument de vente sur les paquets, en présentant les agriculteurs en pleine récolte dans leurs champs, ou les artisans dans leur atelier.
  • Plus de justice quant à la somme perçue par les producteurs. Ainsi, les « consomm’acteurs » souhaitent soutenir un modèle plus durable et supportable que le capitalisme dominant jugé immoral et source de drames.
  • Plus de qualité, grâce à des exploitations moins intensives et souvent certifiées bio. Rappelons que rien n’y oblige dans la loi, mais qu’une juste rémunération encourage un travail plus soigné.

Et les inconvénients ?

Deux freins majeurs empêchent le commerce équitable d’acquérir une plus grande part de marché en volumes :

  • Un prix généralement premium, rarement – jamais ? – en entrée de gamme. Rien d’étonnant, puisque le but est de mieux rémunérer le fournisseur ! D’autant que ce prix justifie aussi et surtout la qualité des biens et leur label biologique (qui concerne 84 % de la filière internationale*). Bref, comparons ce qui est comparable : même si une petite part de son coût correspondait à l’effet « mode », le commerce équitable ne joue légitimement pas dans la même cour que le hard discount.
  • Une distribution restreinte. Manque d’offre ou manque de demande ? Toujours est-il que dans les grandes enseignes, ces produits ne remplissent pas encore les rayons. Or, c’est là qu’il y a le plus de personnes à convaincre.

Une chose est sûre : c’est en multipliant les achats équitables que le marché se développera, synonyme d’une commercialisation plus large et d’une baisse des prix.

*À noter qu’en France cependant, moins d’un produit équitable sur 2 est labellisé bio.

Quel impact environnemental pour le transport des produits ?

cargo conteneurs transportAprès toutes ces informations, il est temps d’en venir au cœur du sujet. Le commerce équitable semble vertueux sur de nombreux points, mais soutenir des producteurs à l’autre bout de la planète est-il cohérent avec le développement durable ? Les efforts en amont compensent-ils l’impact carbone du transport ?

Des études approfondies ont évalué l’importance des différents stades du cycle de production en matière de rejet de gaz à effet de serre. Certaines vont très loin  et tiennent compte de la déforestation préalable, de l’emballage, de l’énergie nécessaire à la distribution…

Résultat : on attribue une responsabilité relativement faible au transport. Pour certains aliments comme la viande, elle est même dérisoire (quelques pourcents). L’essentiel de l’empreinte carbone vient de la production : culture, élevage, nourrissage… Voir l’étude de Our World in Data (en anglais).

Bien sûr, même faible, il est toujours bon de réduire cette part. Mais attention à ne pas rester devant cet arbre qui cache la forêt.

Entre local conventionnel et équitable lointain, que choisir ?

La question ne date pas d’hier (lire l’article de 2007 sur CDURABLE), mais les conclusions n’ont pas beaucoup évolué. Comme souvent, difficile de se faire un avis sans données précises ; et pas seulement des données moyennes sur un secteur, un pays ou une gamme. Il faut des informations propres à chaque produit de chaque entreprise.

En plus, comparer les seules émissions de GES manquerait de piment. Faire un achat durable et éthique nécessite de peser le pour et le contre entre le CO2, les pesticides, l’exploitation des ressources, le bien-être animal et humain…

Au vu de l’impact « raisonnable » de l’étape d’importation, mieux vaut se concentrer sur deux choses :

  • Le type de produit. En diminuant par exemple notre consommation de viande, surtout rouge, nous agissons bien plus en faveur de l’environnement qu’en changeant sa provenance pour du local.
  • Les autres maillons de la chaîne. S’informer sur les conditions de production et le respect de normes environnementales, notamment grâce aux labels, semble plus efficace et éco-responsable que se limiter au lieu d’origine. Considérons plutôt les labels européens ou français, mieux connus chez nous et sans doute plus transparents que bon nombre de certifications étrangères.

Par ailleurs, une bonne façon de protéger la planète est de supprimer totalement un maillon. Comme la transformation ou l’emballage par exemple, en évitant la nourriture ou les objets industriels.

Attention : nous ne disons absolument pas d’oublier le critère géographique. Simplement, ne pas en faire une fixette. Entre deux options équivalentes, évidemment, autant consommer local. Sauf que finalement, ce choix entre un produit issu du commerce équitable et un produit français (hexagonal) se rencontre peu. Café, thé, chocolat, bananes… : non seulement leurs émissions de carbone imputent peu au transport, mais il n’y a quasiment aucune alternative aux origines exotiques.

L’Éco-score en arbitre ?

Face à cette multiplicité de données, différents acteurs ont décidé de synthétiser l’impact environnemental d’un aliment en créant l’Éco-score. Il vise à attribuer, sur le modèle du Nutri-score, une lettre de E (mauvais) à A (respectueux). Grâce à une approche globale – cycle de vie mais aussi politique du pays producteur et regard sur les espèces menacées –, cet indicateur se veut le plus transparent, complet et fiable pour guider les consommateurs soucieux de leur engagement écologique.

Cet Éco-score n’en est qu’à ses débuts, sans aucune obligation d’affichage par les marques. Mais son principe représente une solution idéale pour régler les problèmes évoqués ci-dessus. Une affaire à suivre sur Gagnant-Gagnante !

terre monnaie tirelire

+ de réflexions :

producteur cacao commerce équitable

Commerce équitable lointain ou achat local : quel choix écologique ?

Vaut-il mieux consommer local et conventionnel, ou soutenir une économie plus éthique mais dont les produits viennent de l’autre bout du monde ?

Éoliennes pollution visuelle mer

Éoliennes : comment convaincre face à la pollution visuelle ?

L’apparition de champs d’éoliennes crée une pollution visuelle décriée dans les territoires ruraux. Suffisant pour freiner leur développement ?

0 commentaires

Soumettre un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *